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March 29, 2010

L’ONG des droits de l’homme Human Rights Watch vient de publier un rapport sur des massacres qu’auraient commis les rebelles ougandais de l’Armée de résistance du Seigneur (LRA) dans la Province Orientale, au Nord-est de la République démocratique du Congo (RDC), entre le 14 et 17 décembre 2009.

Selon Human Rights Watch, la LRA a tué au moins 321 civiles et enlevé 250 autres personnes, dont au moins 80 enfants.

Anneke Van Woudenberg, chercheuse principale pour la division Afrique à Human Rights Watch dit dans ce rapport que “ces quatre jours d’atrocités démontrent que la LRA reste une menace grave pour les civils et non un groupe affaibli, comme le prétendent les gouvernements ougandais et congolais.”

En effet, ce rapport remet en question les affirmations faites par les autorités congolaises et ougandaises selon lesquelles leurs opérations militaires contre la LRA l’ont substantiellement affaibli, et que seuls des poches résiduels de combattants, ne dépassant pas plus de 200 rebellas au total et éparpillés dans la région qui inclue la République centrafricaine et le Sud-Soudan, continuent à pauser problème.

L’armée ougandaise a accueilli ce rapport avec scepticisme. “Je doute de ces chiffres”, a déclaré lundi à l’AFP le porte-parole de l’armée ougandaise, le lieutenant-colonel Felix Kulayigye. Il a ajouté, “Vu la population dans la région et le nombre de combattants (de la LRA), je doute qu’ils aient eu le temps de tuer 300 personnes et d’en kidnapper 250.”

En lisant le rapport de Human Rights Watch, on s’aperçoit très vite que derrière les faits rapportés se cache un plaidoyer pour le maintien de la MONUC en RDC.

La publication du rapport à quelques semaines de la décision du Conseil de sécurité sur le retrait de la MONUC n’est pas une coïncidence. Presque tous les rapports de Human Rights Watch sur la situation en RDC on été publiés à un moment critique pour influencer l’opinion publique.

Le Conseil de sécurité doit donner une réponse à la demande des autorités congolaises à l’ONU de retirer complètement sa force de maintien de la paix en RDC (MONUC) d’ici Juin 2011. Selon les discussions en cours, les casques bleus devraient commencer à se retirer des régions de l’ouest, du centre et du sud de la RDC à partir de Juin 2010.

Selon Anneke Van Woundenberg, “les habitants du Nord-est du Congo ont désespérément besoin d’avantage – et non pas moins – de protection.” Elle a ajouté, “le Conseil de sécurité de l’ONU devrait arrêter tout retrait de soldats de maintien de la paix de la MONUC des zones où la LRA menace de tuer et d’enlever des civils.”

La MONUC se trouve en RDC depuis 1999. Elle est la plus grande force de maintien de la paix de l’ONU au monde avec plus de 18.000 casques bleus. Son budget annuel s’élève à plus de 1 milliard de dollars américains.

Bien que les casques bleus donnent un appui logistique aux FARDC, et assistent dans la protection des civils, ils ne sont pas engagés dans les combats directs contres la LRA ou encore les rebelles des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR).

Alan Doss, le Représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU en RDC et chef de la MONUC, a dit au Conseil de sécurité en octobre 2009 que “les opérations menées par l’armée congolaise, connue sous le nom des FARDC au Nord-Kivu, Sud Kivu et la province orientale ont considérablement érodé la capacité des rebelles hutus des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) et des rebelles ougandais de l’Armée de résistance du Seigneur (LRA).”

La LRA est l’un des groupes rebelles les plus brutaux en Afrique. Personne ne doute de sa capacité, même diminuée, à commettre des atrocités contre les populations. Des milliers de civiles ont périt aux mains de ces terroristes depuis des décennies en Ouganda, au Congo, dans la République centrafricaine et au Sud-Soudan.

Leurs atrocités contre les populations congolaises sont souvent rapportées dans la presse tant locale qu’internationale, ou encore par les agences humanitaires et celles de l’ONU qui opèrent dans la région.

Ce qui étonne dans ce dernier cas, c’est que Human Rights Watch affirme que ces massacres n’ont pas été rapportés dans la presse et que son rapport constitue “la première recherche documentée détaillée sur le massacre de Makombo et d’autres atrocités perpétrées par la LRA au Congo en 2009 et début 2010.”

Le fait que la MONUC a actuellement 1000 soldats de maintien de la paix en Province Orientale, et n’a apparemment rien su sur des massacres d’une telle ampleur, alors que quelques chercheurs de Human Rights Watch ont pu les documenter en quelques jours, met en question l’efficacité de la MONUC et sa capacité à accomplir son rôle principal de protection des civiles.